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Historique de l'association

Voici les raisons

21 Aout 2007

LOCATAIRES EN COLÈRE
Entretiens courants, paiement du loyer : le locataire a certes des devoirs mais aussi des droits. Par méconnaissance ou défaut de communication avec son propriétaire, il a pourtant bien du mal à les faire respecter. C’est le cas des locataires de l’immeuble SIDR situé rue d’Alsace à Saint-Denis qui se sont rendus hier au siège de leur bailleur, accompagnés du président de la Fédération locale de la CNL, pour demander des comptes.

Locataires en colère au siège de la SIDR
Le bailleur prend acte

Entretiens courants, paiement du loyer : le locataire a certes des devoirs mais aussi des droits. Par méconnaissance ou défaut de communication avec son propriétaire, il a pourtant bien du mal à les faire respecter. C’est le cas des locataires de l’immeuble SIDR situé rue d’Alsace à Saint-Denis qui se sont rendus hier au siège de leur bailleur, accompagnés du président de la Fédération locale de la CNL, pour demander des comptes.
« Ce n’est pas par plaisir que nous sommes là, mais nous sommes excédés », confie Bruno, locataire depuis plus de 20 ans dans le même immeuble. Un bâtiment construit en 1983 et qui dès le départ s’est avéré mal pensé. Néanmoins, bien situé, à proximité du centre-ville, offrant avec un peu de hauteur une belle vue sur le Nord de la ville, aéré : les locataires ne veulent pas le quitter même si beaucoup de désagréments les y contraindraient.

A gauche Jean-Luc Alba, responsable qualité de la SIDR et Philippe Jouanen, son Directeur. (photo SL)


Les locataires subissent, mais payent
Voici les raisons
Il aura fallu attendre 1999 pour que les balcons donnant sur les salons, inondés à chaque pluie, soient fermés par des baies vitrées. Les locataires ont vu leur loyer majoré de 190 euros pour des travaux qualifiés d’aisance car ils leur permettent aujourd’hui de bénéficier d’une extension habitable. Les escaliers ouverts sur l’extérieur, dénués d’anti-dérapant, sont toujours quant à eux la proie des inondations, comme les balconnets des cuisines. C’est le bâtiment dans son ensemble qui est atteint d’infiltrations. A l’intérieur de l’appartement de Claude, les murs de l’entrée, pourtant exposés aux rayons du soleil, sont tellement gorgés d’eau qu’ils suintent. A plusieurs reprises, des coups de pinceaux bâclés ont été passés afin de “cacher la misère”, mais rien n’y fait. Deux ans après la dernière intervention, les cloisons bullent et éclatent en lambeaux ; des empruntes d’humidité entachent aussi les murs du salon. D’appels en appels, de courriers en courriers, elle finit par obtenir enfin la visite d’un agent de la SIDR qui constate une ultime fois le préjudice. Mais plutôt que d’agir, on lui renvoie un courrier négatif avec pour motif « Pas du tout d’urgence ». Tous les appartements sont touchés. Dans les toilettes de Méroune, c’est le dépit. Un “dégoulis” verdâtre de moisissure entache à nouveau son tuyau découlement, du sol au plafond. Elle a déposé une nouvelle réclamation auprès de son bailleur en mai, on lui répond qu’on va venir, mais toujours rien. Parfois quelqu’un passe, se présente rapidement, constate, et met en cause le locataire qui ne saurait pas entretenir son appartement. Dans les salons, les salles d’eau d’à côté : le même scénario. Pourtant chaque année, les locataires se plient à l’augmentation réglementaire de leur loyer, sans broncher. On pourrait parler aussi du défaut d’éclairage dans la cour de l’immeuble régulièrement soumis aux écoulements d’eaux usées du voisin, des boîtes aux lettres tellement mal indiquées que le facteur en perd son créole, du portail d’entrée qui tape au vent, des petits rongeurs qui rendent visite aux résidents du bas de l’immeuble, de la façade extérieure qui quémande un peu de soins... Depuis plusieurs années, les locataires s’accommodent de ces désagréments, se satisfont de bricolages à la va-vite, sachant qu’aucun agent de la SIDR n’est jamais là pour contrôler les travaux, constater les malfaçons. C’est finalement la conduite de travaux d’envergure qui a mis le feu aux poudres.

Les ouvriers jettent les gravas du toit
« Nous ne sommes pas contre les travaux, mais contre le fait que l’on nous impose des choses. Nous n’avons pas été prévenus et sollicités pour les choix d’aménagement », soutient encore Bruno. La décision arbitraire et rapide de poser des “nako” à la place de la petite fenêtre située à l’entrée des appartements a été celle de trop. Nouvelle étanchéité du toit, pose de panneaux solaires, réfection de la façade... : toutes ces opérations nécessaires d’entretien se sont et se déroulent encore dans des conditions très éprouvantes et dangereuses pour les résidents. Lors des travaux sur le toit, les ouvriers ont jeté les débris de revêtements goudronnés du haut du bâtiment, sans même mettre en place de barrière de sécurité ou de panneaux de signalisation. Plutôt que de gérer elle-même ses déchets de chantier, l’entreprise les a ensuite placé dans les bacs jaunes des locataires, vidés par la suite par l’agent d’entretien, encore aujourd’hui débordé par le nettoyage des gravas, laissés de toute part. Toujours aucun contrôleur de la SIDR en vue. La mise en place des gaines pour faire la liaison entre les panneaux solaires et les nouveaux ballons d’eau a été tellement mal faite que les locataires ne peuvent plus utiliser leur hotte aspirante, le conduit d’échappement du gaz est obstrué. De plus, 2 mois après l’installation, l’eau est toujours tiède, alors que les locataires payent 7 euros de maintenance par mois pour ce nouveau matériel. Marie s’est vue dotée d’un ballon de 300 litres tellement lourd qu’il n’a même pas pu être fixé au mur. Actuellement, les ouvriers procèdent au changement des fenêtres de tous les appartements mais, là encore, la méthode “gro doi” a conduit à des détériorations dans les appartements. « Il y a un manque de respect de la SIDR vis à vis de ses locataires », déplore Bruno relevant que toutes les lettres recommandées restent sans réponse. « Notre tort est de ne pas connaître nos droits d’où la décision de faire appel à un spécialiste pour les faire respecter. »

Un dénouement favorable
C’est donc accompagnée du président de la Fédération Région Réunion de la Confédération Nationale du Logement, Jean-Michel Saingainy, qu’une vingtaine de locataires s’est rendue hier au siège de la SIDR avec la ferme intention d’être reçue pas son Directeur. « Même si nous ne sommes que des locataires, nous payons notre loyer, nous avons donc le droit d’être informés, d’être consultés sur les aménagements. C’est comme nous qui vivons dedans », soutient Marie. « On veut faire du neuf avec du vieux, mais on ne fait pas une moto avec un vélo. » Après une présentation de tous les éléments du dossier, photos à l’appui, Philippe Jouanen, DG de la SIDR n’a pu que prendre acte et assumer les manquements de ses équipes qui vont devoir s’en expliquer. Il s’est engagé à répondre à l’ensemble des revendications des locataires, à les informer et les consulter pour la suite des opérations ainsi qu’à transmettre au CNL un contrôle des charges. Un mal pour un bien, ces derniers sortent éprouvés mais satisfaits d’avoir, pour la première fois, après plusieurs années de location pour certains, avoir enfin été entendu par leur bailleur.


Article: Stéphanie Longeras
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